Ex nihilo

Quel que soit l’art considéré, j’ai toujours été fasciné par les mécanismes de fabrication d’une oeuvre, appelons ça « making of » ou « work in progress », peu importe : les différentes étapes qui transforment une idée en tableau, en musique, en roman.

Il est probable que je ne sois pas le seul à éprouver un intérêt réel pour ce genre de choses. C’est de ce constat que m’est venue l’idée de ce blog qui reviendra, sous diverses formes, sur certaines des musiques que vous pouvez écouter sur ce site. J’expliquerai parfois mes intentions, je vous ferai écouter la maquette initiale ou bien encore je vous ferai écouter des versions alternatives. N’hésitez pas à commenter, critiquer, argumenter, vos opinions me sont précieuses !

March of the Elephants

Voici le thème de base de cet instrumental. L’idée initiale était de créer une tension dramatique en utilisant  un motif répétitif, appuyé par une basse très lourde.  Sur cette version au piano, la tension est constante, sans aucune progression. Je suis parti de ces quelques notes et j’ai imaginé que ce thème pouvait illustrer une séquence classique d’un revenge movie : le héros (ou dans mon esprit, l’héroïne)  sent la rage monter en lui, son désir de vengeance prend corps puis s’affermit jusqu’au climax attendu, la punition du méchant, si possible très douloureuse.

et maintenant la version finale :

il aurait été plus judicieux, évidemment, de faire monter très progressivement l’intensité, mais je voulais conserver un format court, il fallait donc que j’oublie la finesse. La seconde partie du thème, tout entière bâtie sur un fa hypnotique évoquerait presque une ambiance de cirque, un cirque malsain certes, mais un cirque quand même ! La fin est sans doute un peu « pompier », mais ca allait parfaitement avec les images mentales, très série B, que j’avais à l’esprit en arrangeant tout ça.

Cet extrait est directement issu de mon smartphone qui me sert quotidiennement de bloc-notes musical. C’est la toute première version, enregistrée uniquement pour ne pas l’oublier. Le thème lui même n’a pas bougé, il a juste été ralenti, pour accroître la tension.

 

Down by the River

La conception d’un thème peut prendre différentes voies. Parfois, l’idée générale est déjà présente et il ne s’agit plus que de mettre en musique le plan mental que l’on s’est tracé. A l’inverse, un thème peut venir de nulle part ou presque, se construisant par petites touches. C’est le cas ici. Tout part d’une suite d’accords tout simples :

Très vite, j’ai modifié le tempo afin que les quelques nuances harmoniques deviennent audibles :

Ne restait plus qu’à travailler sur le rythme, notamment sur le pizzicato du violoncelle qui symbolise ici le passage du temps (on peut noter l’arrivée d’une mélodie qui s’est perdue en cours de route, je n’ai pas du tout travaillé là-dessus) :

La base du thème est là. C’est cette base qui a donné la direction générale du morceau (dans mon esprit, l’exploration d’une région inconnue, forêt, fleuve, peu importait, tant que les héros arpentaient un territoire inconnu). Le reste est venu très naturellement, notamment en choisissant les instruments. Leur ligne mélodique vise à mettre en valeur leur timbre.

Il ne me manquait plus qu’une rupture, nécessaire à mon goût. Deux accords ont suffi :

Au final, ce thème parti de rien essaye de raconter le début d’une histoire.. ce n’est déjà pas si mal ! Voici la version orchestrée :

Bloody Shores

Ce thème est la conclusion d’une petite suite musicale dans laquelle une équipe d’explorateurs est décimée par une attaque surprise. Cette dernière partie incarne l’issue de la bataille, le désespoir devant les pertes humaines, suivi du désir de reprendre la route, courageusement, pour que les victimes n’aient pas été massacrées en vain. Bref, on n’est pas dans le burlesque 😉

La trompette me semblait intéressante. C’est un instrument capable de souligner l’héroïsme, de donner des couleurs épiques à n’importe quel thème ; mais c’est également un instrument capable d’exprimer une grande mélancolie. J’ai essayé de l’utiliser comme une plainte, comme un véhicule de douleur. Je n’ai quasiment pas retouché l’ébauche initiale composée au piano :

Ok pour le désespoir 😉 ! Il fallait ajouter un peu de lyrisme à cela, par petites touches. La première de ces touches passe par les altos :

Le lyrisme devait être encore plus évident pour la conclusion du thème, quitte à forcer le trait. J’ai composé l’harmonie, sans aucune ligne mélodique. Celle-ci est venue naturellement, en gardant à l’esprit qu’il fallait rester dans ce registre « lyrique » :

Voici la version finale :